CONFERENCE NAJAT VALLAUD-BELKACEM

« L’Éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde ». C’est ainsi que la présidente de l’association Solidarités, a introduit la conférence qui se tenait mercredi 15 janvier dernier, en reprenant les paroles de Nelson Mandela.
En effet, à l’occasion de la semaine à thème, qui s’est déroulée du 13 au 17 janvier 2020, avait lieu une conférence pour discuter des enjeux actuels de l’Éducation en France. Cette conférence fut organisée par les associations étudiantes Solidarités et Les Rencontres, et soutenue par l’administration de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Était invitée, Madame Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de 2014 à 2017, sous la présidence de François Hollande. Retirée de la vie politique depuis 2017, elle a depuis rejoint l’institut d’études Ipsos comme directrice générale des « Études internationales et Innovation sociale ». Cet institut de sondage vise à réaliser des études pour soutenir les institutions publiques et entreprises dans leurs relations avec leur environnement et leur responsabilité sociale.

Les inégalités scolaires : fléaux de notre époque ?

Les deux intervenantes ont tenté de comprendre le phénomène des inégalités scolaires en ouvrant la conférence par une question à ce sujet. L’ex-ministre déclare avoir « conscience de la difficulté à réformer le système éducatif en France ». Sa mise en retrait de la vie politique depuis deux ans, l’a poussé à réfléchir sur l’Éducation, ce sujet qui divise plus qu’il unit au sein du débat public français. Najat Vallaud-Belkacem souligne d’ailleurs une réminiscence, voire une renaissance des mêmes débats notamment sur « le niveau du bac qui baisserait selon certains observateurs ». Elle affirme aussi « avoir accompli l’exercice » d’être ministre de l’Education Nationale et donc de chercher à faire de l’école un endroit qui favorise le bien-être des élèves ainsi que des professeurs, tout en mettant en exergue une plus grande mixité sociale. Mais, dans les faits, il apparaît que le système éducatif français est encore loin d’être parfaitement inclusif.  La vision que présente l’ancienne ministre omet le paradoxe du système français, car selon les enquêtes PISA, la France est le pays de l’OCDE où l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. Et cela est incontestable. Même s’il apparaît qu’elle a accompli son devoir tout au long de son mandat, il reste encore beaucoup à faire pour parfaire la mixité sociale à l’école et lutter au mieux contre les inégalités. Néanmoins, il faut souligner que la lutte contre les disparités nécessite un travail à long terme, qu’un seul mandat ne saurait accomplir entièrement.

L’école comme lieu de bien être ?

« L’école ne doit plus être celle du bachotage. Ce qui doit faire sa singularité, c’est l’attention accordée, une fois encore, au bien-être des élèves ». Il y a encore bien du chemin à parcourir pour que l’école soit celle de la confiance et de la diversité. La carte scolaire est également évoquée au cours de cette discussion portée sur la mixité scolaire. « Ce n’est donc pas la carte qui changera le territoire mais le territoire qui fera évoluer la carte. La mixité sociale se construit, patiemment, collectivement, en concertation avec l’ensemble des personnes concernées. Cela va des personnels de l’Éducation nationale jusqu’aux élèves et à leur famille, en passant par les élus et tous les acteurs susceptibles d’être mobilisés sur le terrain, mais également par les chercheurs. »Najat Vallaud-Belkacem invite par ailleurs son auditoire à « repenser cet indicateur de l’enquête PISA » qui cherche à comparer des systèmes scolaires (trop) différents. Amis finlandais, allemands et norvégiens, n’ayez crainte, l’opinion publique française n’est définitivement pas prête, à ce que nous nous inspirions de vos modèles.

La question du bien-être des élèves s’est accompagnée, en vue du tragique événement du jeune homme qui s’est immolé à Lyon, d’une intervention sur le ressenti de la précédente ministre de l’Education Nationale, concernant la précarité étudiante. « Face à cette désespérance, je n’ai pas réagi publiquement, car les mots n’ont plus aucune valeur ». Elle assure alors la nécessité d’accompagner les étudiants afin de les aider à s’orienter vers des voies qui conduiront à leur épanouissement et de les accompagner vers le monde du travail. Et surtout de les seconder, afin de lutter contre ce problème sociétal qu’est la solitude : « cela devrait nous pousser à réfléchir sur comment accompagner cette souffrance et ce mal être ».

Ecoles privées : acheter son diplôme ?

« Je ne suis pas fermée à l’enseignement privé mais je n’aime pas qu’on joue sur la peur des parents et des étudiants ». Loin de faire une apologie du mal en dénonçant le privé, l’ancienne ministre de l’Education Nationale, a souligné le paradoxe de la multiplication de bachelors en tout genre et leur valeur qui est souvent loin de tenir la promesse de leur nom élogieux. « En obtenant un bachelor, on a l’impression que, ça y est, on est diplômés d’Harvard. Mais c’est loin d’être le cas ».

Cette conférence fut aussi l’occasion de mettre en lumière des thématiques dont on entend peu parler concernant l’école. La prise en compte du handicap reste un enjeu majeur de l’école actuelle et cela, l’ancienne ministre de l’Education en a pleinement conscience. « Aujourd’hui, la vraie étape consiste en la formation immédiate d’un nouveau type de personnel dédié à ces enfants ». Cette annonce implique une conséquence budgétaire « importante mais nécessaire », qu’il est vital de ne pas négliger. Pour rappel, les assistants de vie scolaire, plus connus sous le nom d’AVS, sont pour le moment en contrats d’insertion accordés par Pôle emploi. Ils ont un statut précaire et sont engagés à temps partiel, pour un travail exigeant et prenant. Selon le rapport du médiateur de l’Education nationale, Claude Bisson-Vaivre, « le public pour un contrat AVS est volatile, toujours susceptible d’abandonner sa candidature pour un emploi à temps complet, mieux rémunéré ». Il faut alors relancer tout le processus de recrutement et cela « dès maintenant » pour Madame Vallaud-Belkacem. Même si elle dénonce avec justesse, tous les dysfonctionnements présents dans l’Éducation nationale sans pour autant proposer des solutions (notamment d’un point de vue financier).

Pour conclure, cette conférence fut l’occasion de découvrir le point de vue d’une ministre de l’Education Nationale qui a pris du recul sur son mandat, avec ses aspects aussi bien positifs que négatifs. Elle a su avouer les faiblesses de son programme, et a encouragé notre génération à continuer de s’engager.

Marine Migeon

Photo de couverture : Les Rencontres

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