Conférence Pascal Boniface

« Requiem pour le monde occidental ». Un titre frappant, qui nous demande si aujourd’hui, le concept de monde occidental est-il encore vraiment pertinent ? Continuons-nous, avec ou sans Trump, d’être guidés par les valeurs américaines ? Fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface est un géopolitologue français qui a publié début 2019 « Requiem pour le monde occidental : relever le défi Trump ». Un an et quelques mois plus tard, il s’exprime sur la scène de l’amphithéâtre Cocteau de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, invité par l’association étudiante « Les Rencontres ». Nous avons suivi cette conférence avec attention, et vous en proposons aujourd’hui un retour autour de quatre thématiques ayant toutes pour point commun d’aborder d’une manière ou d’une autre, des enjeux géopolitiques contemporains.

L’Institut de relations internationales et stratégiques, premier think tank français ?
Avant toute chose, il convient de présenter le travail de l’Institut que dirige Pascal Boniface. Créé en 1991, l’IRIS est un laboratoire d’idée (ou think tank) qui regroupe un grand nombre d’experts, de manière indépendante de l’Etat ou de toute puissance qu’elle soit publique ou privée, et ce, à but non lucratif. L’Institut produit diverses études sur les thématiques géopolitiques et stratégiques autour de 4 pôles d’activités : la recherche, la publication, la formation et l’organisation d’événements. Sa fondation correspond à l’envie d’accomplir les trois objectifs suivants :

  • contribuer à la recherche et au débat sur les questions internationales et stratégiques ;
  • créer un centre d’expertise réellement indépendant ;
  • créer un lieu de dialogue et de réflexion entre tous ceux qui composent la communauté stratégique, spécialistes venus d’horizons professionnels et philosophiques différents.

L’Institut opère pour le compte d’organismes publics (ministères, institutions européennes, parlements, organisations internationales) et d’entreprises privées. Il compte actuellement plus de 40 chercheurs permanents et crée constamment de nouveaux partenariats avec d’autres chercheurs pour élargir ses horizons d’étude.

Les sportifs, nouveaux ambassadeurs géopolitiques ?
15 juillet 2018. La France est en liesse. Partout, on célèbre la victoire. La France est plus unie que jamais autour d’une équipe, qui est devenue un véritable symbole de la nation toute entière. La photo d’Emmanuel Macron le poing levé lors du premier but en finale, devient emblématique, de ce lien, désormais indissociable qui lie le sport à la sphère politique. Le sport, c’est devenu une véritable arme du « soft power » qui impacte le monde de par son influence culturelle bien sûr, mais aussi au vu de l’ampleur de ses conséquences économiques et géopolitiques. Figure majeure parmi les chercheurs français qui se sont intéressés précisément à cette question d’une géopolitique du sport, Pascal Boniface, décrit les sportifs comme de nouveaux ambassadeurs. S’affrontant sur des terrains pacifiques et régulés, ils défendent l’image de leur pays à l’international. « Organiser une compétition sportive internationale, est véritablement devenu un moyen de rayonner. Rassembleur et fédérateur, le sport est le moyen le plus sûr d’unir une nation autour d’un projet commun, dans l’espérance d’une victoire ou d’un exploit ».

« Trump n’est pas un va-t-en-guerre ! »
Un personnage clivant, un provocateur né et un chef d’Etat imprévisible. Le président américain, Donald Trump n’a, depuis son arrivée dans la sphère politique américaine puis internationale, de cesse de créer de nouvelles polémiques. Cependant, Pascal Boniface lui refuse le qualificatif de « va-t-en-guerre ».
S’il veut manifestement assurer une domination du monde par les États-Unis, ce n’est pas par le biais de l’intervention militaire selon le directeur de l’IRIS, estimant que les différentes interventions militaires américaines depuis la fin de la guerre froide ont plutôt affaibli les États-Unis et n’ont par ailleurs pas permis d’emporter des victoires.
Il estime que « les États-Unis n’ont pas à exporter la démocratie et veut rompre avec la politique d’hégémonie libérale développée à partir des années 1990 ». Selon cette théorie, les États-Unis, par devoir moral et par intérêt national, doivent œuvrer à développer aux quatre coins du globe des systèmes démocratiques, quitte à renverser les régimes actuels.
Trump est d’ailleurs convaincu que « le pouvoir de coercition des États-Unis est bien plus fort sur le plan économique du fait de l’application extraterritoriale de la législation américaine » et qu’il peut parvenir à ses fins sans recourir à la guerre.

Coronavirus : entre urgence & impact sur le long-terme
La Chine suivait cette course folle au développement quand l’épidémie de coronavirus a frappé. Dans l’urgence, la croissance économique s’est stoppée. La diffusion de l’épidémie a alors impacté le reste du monde et avec elle son économie. « La globalisation c’est une formidable contraction du temps et de l’espace ». Elle a également fonctionné pour la diffusion de cette épidémie, qui semble depuis bloquer le monde dans lequel nous vivons.
Le mardi 3 mars, avec Pascal Boniface, nous étions loin de nous douter de la proportion que la situation allait prendre. Il y a deux semaines, point d’évocation d’un confinement total de la population française. Pourtant déjà, nous nous interrogions sur la force de contrôle qu’un Etat exerce dans ces situations d’urgence. A l’image d’un Etat wébérien, l’Etat demande aux individus d’accepter de confier leur liberté de manière ponctuelle à une force supérieure en échange de sécurité. C’est une situation exceptionnelle que nous vivons, et cela nous en avons tous conscience.

Mais peut-on dire que rien ne sera plus jamais comme avant ?
Il y aura bien évidemment des leçons à tirer de cette situation, ne serait-ce que sur un aspect environnemental. Produire plus près de chez soi, et accepter que la croissance économique telle qu’on l’a connu n’est plus possible, les conséquences environnementales sont désastreuses. L’arrêt économique n’est cependant que provisoire, le monde n’est PAS au bord de l’apocalypse.
Nous ne sommes pas en guerre, pour reprendre les mots de notre cher président, mais en crise. Il ne faut pas être dans le déni, et se saisir des mesures qui s’imposent notamment la vive urgence de réformer une fois pour toute, le système de santé français. Le personnel médical, hospitalier et infirmier ne peut plus être traité ainsi.

« Le défi consiste en fait à lier les réponses urgentes et la réflexion à long terme. Elles ne sont pas antagonistes, mais complémentaires. C’est sans doute ce que nous savons le moins faire. Combiner les mesures à prendre immédiatement, sans sacrifier nos intérêts à long terme dans un monde qui bouge vite, est une impérieuse nécessité. Ce qui peut survenir d’ici quelques années apparaît trop souvent comme un horizon trop lointain pour s’en préoccuper aujourd’hui, surtout s’il y a une crise à régler immédiatement. Mais ignorer ces perspectives est le meilleur moyen d’être confrontés à de nouvelles crises. »

Marine Migeon

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