EDITO D’AVRIL

Qu’on se le dise clairement : cet édito aurait dû être écrit dans la nuit d’un retour de CRIT, dans les dernières heures sombres où la fatigue se mêle aux ultimes relents d’alcool. Le cerveau éclaté, explosé, ça aurait été notre expérience des paradis artificiels à nous. Mais bon, nous voilà confiné.e.s.

Alors, de sa “tour de Raiponce”, chacun s’adapte, s’accommode, se réorganise. Les différents secteurs de l’économie tentent ainsi de perdurer, de ne pas se figer. Le monde de la presse lui aussi s’en trouve bousculé. Telles des colonies de fourmis, les rédactions s’activent pour accrocher le lecteur, plus que jamais avide d’informations sur la situation actuelle, notamment numériquement à l’instar des visites sur le site des Echos qui ont été multipliées par 2,5 ces derniers jours. Bien avant l’annonce du confinement en France, l’idée semble être venue outre-atlantique lorsque le New York Times a créé une section dédiée à la crise sanitaire avec la mise à disposition d’articles en consultation libre. Dans l’hexagone, le quotidien Le Monde a suivi augmentant le nombre d’articles en accès libre sur le sujet, L’Équipe a réduit son prix d’abonnement numérique à moins d’un euro pendant 6 mois et Les Jours offrent actuellement un accès gratuit à leurs articles pour une durée d’une semaine. Côté régions, Le Télégramme a par exemple mis en place une plateforme “Solidarité coronavirus Bretagne”. En bref, les initiatives fusent ! Bien souvent, c’est la nécessité de pouvoir proposer une information de qualité en temps de crise qui a été mise en avant. Partout, l’information s’est renouvelée, portée davantage jour après jour sur la crise du coronavirus, tout en cherchant à continuer de nous évader, en témoigne la rubrique “Par ailleurs” de France Inter qui promet “chaque jour, cinq infos du monde garanties sans Covid-19”. 

Si les bons plans foisonnent à propos de la presse française, au rendez-vous de l’actualité, cet attrape-rêve ne convainc pas. Déjà affaiblie économiquement depuis plusieurs années, la presse écrite est en proie à de nombreuses difficultés causées par la pandémie mondiale. Télétravail généralisé, reportages réduits au strict minimum, limitation des interviews… Ces facteurs méritent interrogation alors que le travail de terrain, au plus proche des différents acteurs, est essentiel pour la qualité de l’information. Ces mesures, inédites, sont pourtant nécessaires et permettent aux rédactions de la presse généraliste de fonctionner à plein régime, plus que jamais. Cependant, au coeur de ces dernières, la fracture est visible : les rubriques concernant l’immobilier, le tourisme, l’art de vivre ou le hippisme disparaissent à vue d’oeil. Au Parisien, ce sont tous les rédacteurs de la catégorie “hippisme” qui ont été mis à l’arrêt par exemple. La presse spécialisée s’en trouve d’autant plus affectée. Les titres sportifs à l’image de So Foot ou de France Football voient leurs publications s’espacer. L’Équipe, plus que renommé dans le domaine, suspend ainsi son magazine du weekend à partir du 11 avril faute d’événements à couvrir. Certaines éditions régionales peinent également à sortir la tête de l’eau : La Dépêche, en région toulousaine, déjà mal-en-point économiquement, n’a eu d’autre choix que d’imposer à un tiers de ses salariés le chômage partiel face à la baisse de ventes au numéro. En effet, la crise du Covid-19 implique également fuite de la publicité et fermeture des kiosques. Ce sont au total plus de 3000 points de vente qui ont fermé sur les 20000 kiosques à journaux, dont les boutiques Relay des aéroports et des gares. C’est pourquoi la réduction du nombre de tournées de la Poste aux seuls mercredis, jeudis et vendredis annoncée le 23 mars dernier avait fait frémir les différents quotidiens, nationaux comme régionaux. Heureusement, dès ce lundi 6 avril, la distribution sera à nouveau assurée afin de maintenir l’accès à l’information pour tou.te.s.  Une nouvelle qui donne du baume au coeur. 

Surtout, là où la liberté d’expression est précaire, la crise du coronavirus apparaît comme le prétexte parfait pour censurer les médias. C’est dans le but de révéler les impacts de la crise sanitaire sur le journalisme que Reporters Sans Frontières a récemment lancé sur son site “L’Observatoire 19”. L’organisation internationale y dénonce particulièrement le manque de transparence en Chine :  “Si la presse chinoise était libre, le coronavirus ne serait peut-être pas devenu une pandémie” affirme-t-elle (pays situé 177 sur 180 dans le classement de la liberté de la presse, RSF, 2019). Les dernières informations mises en ligne à ce sujet ? Birmanie : au prétexte de la pandémie, 221 sites Internet dits “de fake news” censurés par l’article 77 de la loi sur les télécommunications qui permet le blocage de site en cas de situation d’urgence. République Démocratique du Congo : Tholi Totali Glody, journaliste pour Alfajari TV renversé de sa moto par des policiers et actuellement hospitalisé car il réalisait un reportage sur le confinement dans sa province. Nigéria : limitation de l’accès à la présidence aux seuls médias proches du pouvoir. Hongrie : la loi dite “coronavirus” du premier ministre Orban prévoit notamment des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison pour diffusion de fausses informations. Mais ce n’est là qu’une illustration partielle de la situation : étouffer l’urgence sanitaire semble en effet être devenu le mot d’ordre. 

Si nous avons pris le parti à travers cet édito d’aborder un nouvel angle de la crise du Covid-19 (sujet sans fin me direz vous), on vous rassure : l’édition de ce mois est riche, variée. Promis. Animée de plusieurs reportages (réalisés avant l’arrivée du coco of course), d’articles fouillés ou de billets qui n’ont pour but que de vous faire voyager, nous espérons de tout coeur agrémenter vos journées confinées. Cette édition marque aussi la dernière de notre règne tyrannique, à nous trois, puisque Marine, accompagnée de Cyril et Pierre, tous trois futurs rédac’ chefs du Grand Pari (révérence s’il vous plaît) nous rejoindront afin que nous puissions concocter l’édition de mai à douze mains (bien plus démocratique). En attendant, nous ne sommes pas encore arrivé.e.s à notre édito d’adieu (oui, oui, on va vous faire pleurer) et à notre édition finale, alors d’ici là, lisez, écrivez (nos portes sont toujours ouvertes) et prenez soin de vous !

Bonne lecture, 

La rédac’

Photo : Hassan Ayadi pour l’AFP

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