Covid-19 : la solidarité européenne en question

28 mars 2020. Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne (1985-1995), dont la parole est pourtant rare, transmet à l’AFP un communiqué sur ses craintes pour l’avenir de l’Europe. Il y explique que selon lui, « le climat qui semble régner entre les chefs d’État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union européenne ».

En effet, depuis février 2020, les États font face à une crise sanitaire de grande ampleur, déclenchée par la pandémie de maladie à coronavirus Covid-19. Dans ce contexte, c’est un doux euphémisme de dire que l’UE n’a pas été à la hauteur des attentes, à la fois des gouvernements de ses États-membres, mais plus globalement de ses citoyens. En effet, se pensant un temps hors de danger, l’Union européenne a tardé à prendre des mesures significatives durant les mois de janvier et février, n’effectuant que de très parcellaires contrôles sanitaires dans les aéroports. La situation empire brutalement début mars, avec une flambée du nombre de cas recensés en Italie et en Espagne. 

L’Italie est le premier pays au monde à imposer un confinement général de sa population, avec des limitations de déplacements très strictes. L’Espagne, la France et le Royaume-Uni suivent dans les semaines suivantes. L’Europe du Sud est actuellement dans une position de grande faiblesse. Les hôpitaux sont débordés, les politiques désemparés, la population endeuillée. Se pose alors la grande question : « Mais que fait l’Europe ? »

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En effet, l’UE, depuis le début de cette crise, a eu les plus grandes difficultés à se faire entendre et à prendre des mesures fortes, les États décidant unilatéralement de fermer leurs frontières et de plonger leurs pays dans une quarantaine générale. D’autant plus que la santé ne fait pas partie des capacités d’action de l’UE, restant du domaine national.

Si l’UE ne peut pas agir sur la santé, beaucoup ont espéré qu’elle prennent en charge la question économique posée par la pandémie. Le jeudi 12 mars 2020, la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a présenté les premières mesures de son institution pour lutter contre la récession à craindre dans les prochains mois. Cette prise de parole a beaucoup surpris les acteurs économiques car étant très technique, relativement peu ambitieuse, et renvoyant aux États l’essentiel de la responsabilité.

Durant cette intervention, interrogée sur les risques concernant le niveau de la dette en Italie, Christine Lagarde a choqué en répondant que la BCE n’avait « pas pour mission de réduire les spreads », c’est-à-dire l’écart entre le taux d’emprunt à 10 ans de l’Italie et celui de l’Allemagne. Le « spread » est une donnée très importante sur le marché européen car il marque les différences de performance entre l’économie italienne et l’économie allemande, considérée comme la plus dynamique de la zone euro. 

Cette phrase est extrêmement mal reçue sur les marchés, provoquant une chute de 10 % de la bourse de Milan en une seule journée, et par le gouvernement italien, interprétée comme une volonté pour la BCE de laisser l’Italie gérer seule la récession économique à venir. Ce ton sévère surprend d’autant plus qu’il tranche avec l’attitude de l’ancien président de la BCE Mario Draghi qui avait promis le 26 juillet 2012, en pleine crise de la zone euro, que son organisation ferait « tout ce qui est nécessaire » (« whatever it takes » en anglais) pour sauver l’économie européenne. Devant l’accueil glacial de ces propositions et l’inquiétude grandissante sur les marchés financiers, la BCE a décidé le 17 mars, soit 5 jours plus tard, de déclencher en urgence un programme de rachats de titre inédit à hauteur de 750 milliards d’euros.

Une autre initiative est également en discussion. L’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et la France ont en effet proposé, afin de mieux répartir les efforts économiques des États pour relancer l’économie du continent, de permettre à l’Union européenne de s’endetter dans son ensemble, plutôt que de laisser chaque État gérer la crise de son côté. Cela permettrait aux États déjà très endettés, comme la Grèce  l’Italie et la France, de ne pas risquer une nouvelle crise de la dette comme celle de 2010.

Cependant, cette idée a été balayée par l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Finlande, qui considèrent cela comme une possibilité pour les États endettés d’échapper à leurs responsabilités en faisant reposer sur les pays mieux gérés budgétairement le poids de l’endettement. Tous ces éléments ont conduit de nombreux commentateurs et responsables politiques de tous bords à remettre en cause l’idée d’une « solidarité européenne », à la fois car la crise révèle des stratégies de repli sur les États, gages de rapidité et d’efficacité, mais également du fait de l’incapacité des institutions européennes à apporter une réponse commune, coordonnée et solidaire aux enjeux de la crise sanitaire et économique en cours.

Toute la question est de savoir quelle Europe sortira de cette période. Verra-t-on un renforcement du rôle des États au dépend des structures supranationales ? Une montée des nationalismes ? Ou au contraire un approfondissement des relations économiques et politiques ? La montée d’un sentiment national européen ? L’émergence d’un État fédéral européen ? Toutes les certitudes sont remises en question. Si nous avons retenu une chose des dernières années, c’est qu’en politique, tout est possible, le pire comme le meilleur.

Maxime Peyronnet

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