La tragédie migratoire européenne

L’immigration. Un sujet sensible sur lequel chacun possède un avis tranché. Il ne s’agira pas ici de supporter une position idéologique, juste de rappeler des faits. Rien que des faits. Un travail de journalisme en somme.

Pour comprendre la situation actuelle de tension à la frontière gréco-turque, il nous faut remonter un peu dans le temps. A partir des années 2010, l’Europe connaît une augmentation significative du nombre d’immigrants, en provenance principalement d’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud, souhaitant s’y installer pour améliorer leur cadre et leurs conditions de vie. La guerre civile syrienne, commencée en 2011, amplifie le phénomène en poussant des millions de personnes à fuir les conflits et à se réfugier en Europe.

L’immigration atteint un pic en 2015 avec plus d’un million de personnes arrivant dans l’espace Schengen, provoquant une crise à l’échelon national et européen. Devant cet afflux massif de nouveaux arrivants, l’Italie et la Grèce, pays en première ligne du fait de leur situation géographique, demandent de l’aide à l’Union européenne.

La Commission cherche alors à imposer des quotas de migrants à chaque pays de l’Union, en fonction de sa situation économique et de sa population. Cette solution est favorisée par Angela Merkel et François Hollande, mais plusieurs pays d’Europe de l’Est s’y opposent fermement, à l’image du Premier ministre hongrois Viktor Orbán qui considère l’afflux d’immigrés en partie musulmans comme une menace pour l’identité chrétienne de l’Europe.

En septembre 2016, ce mécanisme de répartition obligatoire est officiellement abandonné. Les pays d’Europe de l’Ouest, craignant qu’une arrivée continue de réfugiés n’alimente les partis nationalistes dans leurs pays, décident alors de conclure un accord avec la Turquie afin qu’elle retienne le plus possible les migrants souhaitant partir en direction de l’Europe. L’accord est conclu le 18 mars 2016 entre l’Union européenne et la Turquie : en contre-partie de l’action des autorités turques pour empêcher les arrivées en Europe, l’UE s’engage à lever les restrictions sur les visas accordés aux Turcs, ainsi qu’à verser plus de 3 milliards d’euros à l’État turc. L’accord est critiqué par une partie de la gauche, vu comme une manière de monnayer des vies humaines, mais salué à droite comme un compromis assurant la stabilité migratoire en Europe.

Cependant, en 4 ans, les choses ont changé. En Syrie, la situation n’a cessé de se détériorer, avec notamment l’intervention de la Russie en soutien au régime de Bachar el-Assad. Souhaitant profiter du conflit pour « exterminer » les Kurdes, vus comme des ennemis naturels de la Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan s’est engagé militairement dans le Nord-Est de la Syrie, territoire des Kurdes, rentrant en confrontation avec le régime d’Assad. L’intensification des combats dans la région syrienne d’Idleb a ainsi provoqué un nouvel afflux de réfugiés vers son territoire.

Afin d’utiliser la situation migratoire à son avantage, Ankara a à plusieurs reprises menacé l’Union européenne de ne plus respecter l’accord de 2016 en ouvrant ses frontières. Elle critique le soutien militaire et moral des pays européens aux Kurdes, et reproche à l’UE de tarder à verser les fonds promis à la Turquie pour l’aider à prendre en charge 3,7 millions de réfugiés syriens sur son territoire.

Devant l’absence de réaction, Erdogan décide le 28 février 2020 de mettre ses menaces à exécution, et annonce que la Turquie n’empêchera désormais plus les migrants qui essaient de se rendre en Europe de franchir la frontière avec la Grèce. Dès l’annonce rendue public, environ 13 000 réfugiés se sont pressés à la frontière grecque, mais furent accueillis par des grenades lacrymogènes et des tirs de sommation.

Le Premier ministre conservateur grec, Kyriakos Mitsotakis, a annoncé de son côté un renforcement des frontières pour freiner l’entrée des réfugiés, les laissant coincés entre deux feux : la Turquie qui ne veut plus les héberger, et la Grèce qui ne veut pas les accueillir. Cela a conduit à une véritable catastrophe humaine et sanitaire dénoncée par les ONG « Médecins du Monde » et « Amnesty International », avec certaines îles où les conflits opposants les autorités, les réfugiés et les habitants deviennent très tendus.

La situation en Italie est relativement similaire, le gouvernement se plaignant depuis plusieurs années d’être seul à affronter la crise sans aucune aide de ses voisins. Si le ton s’est adouci depuis la formation de la nouvelle coalition entre le Parti Démocrate (social-démocrate) et le Mouvement 5 Étoiles (syncrétisme anti-système) en mars 2018, les sondages électoraux donnent toujours une nette avance pour la Ligue, parti d’extrême-droite très anti-immigration.

L’incapacité à trouver un solution sur la question migratoire montre l’impasse dans laquelle se trouvent l’UE actuellement, coincée entre les volontés contradictoires des États membres et le chantage de la Turquie.

Toute la question est de savoir si une solution permettant de respecter les droits de l’Homme, la souveraineté nationale et la crédibilité de l’UE est envisageable, ou si l’on doit s’attendre à ce que certains de ces critères ne soient oubliés dans la recherche des moyens d’action.

Maxime Peyronnet

Crédits photo de couverture : Aris Messinis / AFP / Getty Images

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