La situation LGBT+ en France.

« Une asso LGBT à l’école c’est bien, la tolérance tout ça… mais ça sert à quoi ? Non parce qu’en vrai en France on est pas à plaindre… genre on va pas vous enfermer ou vous tuer. Donc je comprend pas ce que vous voulez vraiment, y a pas de combat en fait c’est juste une asso écran. »

Qu’en est-il donc de la situation en France ? Y a-t-il encore même un combat à mener ? Petit point sur les droits LGBT+ en France et le vécu quotidien de cette communauté, dans le monde professionnel, dans tes oreilles, dans ta rue, et face à la crise sanitaire…

Ce n’est qu’en 1981 que l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale, pour laquelle on pratiquait des lobotomies afin d’éviter la propagation du « fléau social ». En 1982, elle est dépénalisée. Pour pouvoir se marier, il faut attendre 2013. Le don du sang pour les homosexuels ? 2016.

Malgré ces avancées récentes, les LGBTphobies sont une réalité. L’identité sexuelle et de genre ne reste pas dans la sphère privée, mais a des incidences sur la situation professionnelle. En effet, selon une étude de l’association Autre Cercle, une personne LGBT sur quatre déclare avoir été victime d’au moins une agression verbale ou physique sur son lieu de travail. Les discriminations sont présentes du recrutement, jusqu’à l’évolution dans la carrière : missions confiées, rémunération… Le harcèlement est très présent, via des insultes, des moqueries mais surtout via la banalisation d’expressions homophobes. Les personnes trans sont encore plus touchées, et dans le cas d’une transition « en cours » la tolérance n’est pas la règle. Nombreux sont les témoignages de personnes trans dont les collègues refusaient d’utiliser leur nouveau prénom, les mégenraient (= utiliser le mauvais pronom, « lui » plutôt qu’ « elle » par exemple)… Tout cela entraîne une auto-censure, or ne pas déclarer son.a conjoint.e peut avoir des conséquences sur sa mutuelle de santé et certains avantages sociaux ne sont pas acquis. Les congés parentaux par exemple, reste trop floue pour les couples LGBT. Jeudi dernier la Cour de justice de l’Union Européenne a même dû statuer que refuser de vouloir embaucher des personnes LGBT+ violait le droit de l’UE…

 Koba LaD a partagé sur son compte Snapchat le screen d’un fait divers : celui d’un père ayant tué son fils homosexuel, le préférant « mort que gay », qu’il a accompagné d’un « bien joué👏 » . Peu après, les festivals de Garorock, Dour, We Love Green et Marsatac, l’ont déprogrammé. Si l’on peut saluer ces actions rapides et radicales, on peut néanmoins douter de leur honnêteté. We Love Green par exemple avait accueilli lors de son édition 2019 le rappeur Booba, qui a plusieurs fois fait parler de lui pour des punchlines, commentaires ou relais de vidéos homophobes. Dour avait, pour sa part, accueilli Alpha Wann dont la délicatesse envers la communauté LGBT+ n’est plus à prouver… Le sentiment d’impunité est tel que Lefa ou Alkpote avaient pu affirmer dans des interviews « Je suis 100% homophobe ». Tandis que le rap américain fait des progrès, on peut notamment citer les coming outs bisexuel et homosexuel de Tyler the Creator et Lil Nas X qui ont été facilement acceptés, le rap français est à la traine et continue à banaliser les expressions lgbtphobes.

Cas de lgbtphobie assumée : la Manif pour Tous. Outre le principe même de son existence : des personnes non concernées manifestant et luttant contre les droits d’autres personnes, qui s’apparente bien plus à de l’égoïsme pur qu’à l’exercice d’une liberté d’expression, la Manif pour Tous est un recueil à ciel ouvert de propos insultant la communauté LGBT+. Le 19 janvier 2020, ils étaient encore environ 41 000 à marcher à Paris contre la PMA pour toutes les femmes, et on a pu entendre dans ses rangs des absurdités comme : « Moi j’ai la chance d’avoir une généalogie », des anti-Macron extrêmes : « Faut le pendre, il est pédé et il touche des Noirs », ou encore des personnes friandes de fake news : « Si la PMA est légalisée, il n’y aura pas assez de donneurs de gamètes en France et on devra en importer ». (Je vous partage quand même mes deux pépites préférées hors sujet : « L’Ancien Régime était certainement plus enviable que l’actuel côté privilèges et c’est un monarchiste qui vous le dit » et « Il paraît qu’une mosquée s’ouvre tous les cinq jours et qu’à Angers la nouvelle mosquée sera plus haute que la cathédrale. » )

Puisque c’est la tendance, parlons crise sanitaire. Le journal Le Progrès avait évoqué la difficulté du confinement pour la communauté LGBT+, seulement plutôt que de parler des agressions quotidiennes, du rejet familial et du risque de mise à la porte, il a pointé la difficulté à respecter le confinement pour une communauté « sexuellement hyperactive » : grotesque et criminalisant.

En réalité, le confinement précarise les personnes non acceptées par leur famille. Il se transforme en un harcèlement moral quotidien et en agressions physiques. Etre LGBT+ pendant le confinement c’est être obligé.e de vivre au sein d’une famille pas forcément au courant, pas forcément tolérante et donc augmenter la souffrance et l’auto-censure. Pour les personnes trans, les transitions médicales sont repoussées, les opérations reportées, et les traitements n’étant pas accessibles dans toutes les pharmacies, il faut parfois les commander et payer le triple du prix. La détresse psychologique est réelle et la dysphorie (ou dysphorie de genre, c’est à dire l’état de souffrance d’une personne dont le sexe et l’identité de genre ne sont pas en adéquation) est amplifiée par des familles pas forcément compréhensives, qui mégenrent, n’utilisent pas le bon prénom etc… Etre une personne trans c’est aussi devoir se battre contre le système administratif et donc souvent avoir une période d’exclusion du système de santé, du travail etc… La mise à la porte par sa famille, les violences domestiques et la précarité économique lorsque l’on ne peut recevoir d’allocations peuvent par exemple forcer à devenir travailleur.se.s du sexe, pourtant en première ligne face au danger du corona. Amnesty International France a demandé à l’Etat une augmentation de la protection des personnes LGBT+, au même titre que les protections mises en place pour les femmes et les enfants victimes de violences.

Donc, à quoi sert le combat LGBT+ aujourd’hui en France ? Malgré l’existence de droits, les inégalités sont grandes et la lgbtphobie est bien présente. Le rôle des alliés (lgbttqqiaAp !) est essentiel dans cette lutte, il faudra changer les esprits pour changer les lois et les faire accepter. Disons simplement que nous avons le droit d’exister mais qu’il reste encore du chemin pour acquérir notre droit de vivre.

> Si tu es une personne LGBT+ souffrant du confinement, sache que tu n’es pas seul.e et que l’on peut t’aider. Tu peux recevoir de l’aide d’associations ici : Acceptess-T, OUTrans, Espace santé trans, Le Mag jeunes LGBT, SOS Homophobie. Si tu ressens le besoin de te confier, si tu as besoin de conseils, ou si tu as seulement envie de parler, tu peux t’adresser à n’importe quel membre de SgeLGBT : Thomas Petit, Clémence Bouvier, Valentine Massot, Théo Gourlet, Kilian Jansenn, et moi même.

Lucy Marec

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