QUEL EST LE SENS DE LA FêTE

Confinement. Ce mot nous hantera sans doute encore longtemps. Un moment dont nous garderons un souvenir particulier, loin de nos amis, de notre école, de nos associations, en somme de toute notre vie étudiante. Cette situation désagréable nous donnant du temps pour réfléchir, nombreux sont ceux qui d’ores et déjà prévoient ce qu’ils et elles feront une fois les interdictions de déplacement levées. Il y a fort à parier que beaucoup parmi nous avons pour projet de fêter le déconfinement comme il se doit, en organisant une soirée telle que le lendemain nous en aurions oublié jusqu’à l’existence du Covid-19. Dans cette période, où chacun songe intimement aux festivités de l’après, il peut être intéressant d’étudier les rôles de la fête dans les sociétés modernes. Pourquoi fait-on la fête ? Quel sens donne-t-on à ce type d’événements ?

La fête, moment d’unité populaire
Tout d’abord, les fêtes peuvent participer à sentiment d’unité populaire. Cela peut se faire dans un premier temps autour d’une communauté spécifique. L’exemple le plus évident est évidemment la « fête nationale », qui célèbre chaque année un évènement historique, culturel ou politique lié à l’histoire de la nation. Ce genre de célébration existe dans tous les pays du monde, et vise à célébrer une forme de d’amour de son pays, de patriotisme, par un défilé militaire, des feux d’artifices, et des « sons et lumières ». Il s’agit généralement d’un jour férié, permettant à tous d’assister aux festivités. Au-delà des États souverains, certaines régions organisent également une sorte de fête nationale en plus de celle officiellement arrêtée pour le pays, comme c’est le cas au Québec, en Catalogne, en Bretagne, en Corse ou dans les nations constitutives du Royaume-Uni, afin de cultiver un certain nationalisme politique ou culturel. D’autre part, il existe dans la plupart des pays de nombreuses fêtes religieuses. Si certaines, comme Noël ou Pâques, ont perdu leur caractère exclusivement religieux pour devenir des moments de retrouvailles familiales ou amicales, certaines comme le Carême pour les Chrétiens, Hanoucca pour les Juifs ou l’Aïd pour les Musulmans restent des fêtes à forte portée religieuse. Il s’agit d’évènements et de rituels visant à célébrer une religion et ses adeptes, afin de créer un sentiment de communauté spirituelle.

De plus, il existe également un certain nombre de fêtes célébrant l’unité autour de valeurs universelles. On peut parler des Jeux Olympiques par exemple, qui visent entre autres à transmettre les valeurs du sport autant dans le pays organisateur qu’à un niveau international. On peut également mentionner les « journées mondiales » célébrées par les Nations Unis. Il en existe plus de 140, dont les plus emblématiques sont la journée internationale des droits des femmes le 8 mars et la journée internationale de la paix le 21 septembre. Ces initiatives visent d’abord à célébrer un certain nombre de valeurs considérées comme communes à toute l’Humanité, mais également à mettre en lumière chaque année plusieurs problèmes sociétaux et le chemin encore à accomplir. En effet, les manifestations urbaines du 8 mars pour les droits des femmes se sont désormais bien implantées dans de nombreux pays, et permettent de pointer du doigt les injustices sexistes persistantes.

La fête, opportunité de démocratisation culturelle
D’autre part, la fête peut également être considérée comme un outil permettant d’ouvrir le monde de la culture au plus grand nombre. On peut évidemment penser à la fête de la musique, organisée depuis 1982 tous les 21 juin. Initiée par l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, le principe de cet événement annuel est de faire descendre toutes les pratiques musicales dans la rue, afin que le plus grand monde puisse en profiter. Cette réappropriation des « arts de la rue » par le pouvoir politique traduit la volonté de démocratiser l’accès à la culture artistique, la pratique des arts étant historiquement très élitiste et inaccessible pour la grande majorité de la population. La ville devient ainsi, le temps d’une journée, un incubateur de sensibilisation musicale permettant à chaque français de profiter gratuitement d’œuvres amateures ou professionnelles. En moins de 15 ans, le concept de la fête de la musique s’est montré si populaire qu’il a été repris dans plus de 150 pays : « Fiesta de la Música » dans les pays hispanophones, « Music Day » dans les pays anglophones, « Tag der Musik » en Allemagne, etc.

Dans un autre registre mais dans la même dynamique, la fête de la science, créée en 1992, est organisée par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche pour faciliter l’accès à la connaissance scientifique. Durant une semaine, un certain nombre de visites scolaires, d’ateliers et de conférences sont mises en place pour célébrer les avancées scientifiques et éventuellement développer des vocations parmi les enfants. Ces évènements sont organisés principalement dans les grandes villes, qui disposent d’infrastructures scientifiques importantes, à l’inverse des petites communes. L’idée derrière ces deux fêtes est ainsi bien de démocratiser l’accès à la culture, artistique et scientifique, afin de casser l’image d’inaccessibilité propre à ces disciplines.

La « festivalisation » ou le culte de l’éphémère
Cependant, ces évènements ainsi que la plupart des grands rassemblements festivaliers soulèvent la question de leur caractère ponctuel et non pas permanents, ce qui limiterait leur portée. On parle de « festivalisation » de la culture. Ce néologisme désigne la tendance des pouvoirs publics et des acteurs culturels à privilégier l’organisation d’évènements localisés et annuels au détriment d’une approche de long terme, à l’image d’un festival qui consiste en une série de manifestations musicales de caractère exceptionnel et limité dans le temps. L’exemple le plus parlant de ce phénomène est l’organisation du « Burning Man » aux États-Unis. Cette grande rencontre artistique se caractérise en effet par la création, durant une semaine, d’une cité éphémère au milieu du désert du Nevada, permettant aux participants de résider le temps des festivités. Cette cité, surnommée « Black Rock City », est un projet de société à elle seule. Les principes qui y sont observés s’inscrivent dans le mouvement hippie des années 1960 : la liberté la plus absolue, la recherche du plaisir par tous les moyens et l’amour des autres. Cependant, cette utopie est vouée à disparaître une fois les spectacles terminés, la ville se vidant de ses habitants et infrastructures, et chacun retournant à ses occupations habituelles. Le « Burning Man » traduit une forme de culte de l’éphémère à la fois culturel et sociétal, qui peut être mis en question pour son faible impact de long terme sur les esprits et les pratiques culturelles.

Tous ces éléments nous permettent donc de voir que le sens de la fête est sans doute plus profond qu’il n’y paraît. Il peut s’agir d’un facteur d’unité populaire, autour d’une communauté nationale ou religieuse, mais également autour de valeurs universelles. La fête peut aussi représenter une opportunité de démocratisation culturelle, bien que cela ne soit qu’éphémère, soulevant la critique d’une « festivalisation » de la culture. Toute la question est donc de savoir, une fois que la situation exceptionnelle que nous connaissons actuellement sera passée, quel sens nous donnerons aux festivités de l’après-confinement. Simple moment de retrouvailles entre amis ? Point de départ d’une nouvelle vie ? D’une nouvelle ère ? Ou peut-être d’un nouveau monde à inventer.

Maxime Peyronnet

Photo de couverture : Cesar de Miranda

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