Le sexisme dans le monde professionnel : une lutte vaine dans une société patriarcale?

  Ce soir, on revient pour vous présenter un article rédigé par Constance au nom de l’association Junior Conseil et disponible en exclusivité sur votre journal science piste préféré. Bonne lecture !

Le sexisme dans le monde professionnel : une lutte vaine dans une société patriarcale ?

Le rapport du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle (CSEP) du 6 mars 2015 intitulé « Agir contre le sexisme au travail » estimait que 80% des femmes salariées sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes. Avec l’avènement du télétravail, durant ces deux périodes de confinement, on pourrait espérer que les conditions de travail des femmes s’améliorent, avec une diminution du harcèlement et des agressions sexuelles, mais aussi du sexisme dans le monde professionnel. S’il est trop tôt pour observer des améliorations, ou tirer de quelconques conclusions, on peut s’interroger sur la persistance du sexisme dans le monde du travail, dans le cadre traditionnel du travail en présentiel. 

Comment définir et identifier le sexisme ? 

Les problèmes des inégalités salariales, du plafond de verre, de la discrimination positive, de la parité, de la prise de postes et de mandats à responsabilité, et bien d’autres encore sont tous des conséquences du sexisme : une attitude discriminatoire fondée sur le sexe. On entend par sexisme ordinaire « l’ensemble des attitudes, propos et comportements fondés sur des stéréotypes de sexe, et qui, bien qu’en apparence anodins, ont pour objet ou pour effet, de façon consciente ou inconsciente, de délégitimer et d’inférioriser les femmes, de façon insidieuse voire bienveillante. » (selon l’enquête du CSEP de 2015). Ce sexisme peut être hostile, subtil, ambivalent ou encore bienveillant : remarques et blagues sexistes (dissimulées sous le masque de l’humour), incivilité, irrespect, mépris, une police des codes sociaux de sexe, un paternalisme infantilisant, une fausse séduction (masque du compliment), ou encore des considérations sexistes sur la maternité ou « les charges familiales». 

Que disent les enquêtes de l’IFOP à ce sujet ? 

Avec un réveil du mouvement féministe avec des actions comme MeToo ou Balance Ton Porc, qui cherchent à libérer la parole des femmes et à dénoncer le harcèlement au travail, notamment dans le milieu du cinéma, des enquêtes sur le sexisme au travail ont été réalisées. En 2019, l’IFOP fait une enquête sur le sexisme et le harcèlement sexuel au travail en Europe, commandé par la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation européenne d’études progressistes. Le but est d’identifier des différences depuis le mouvement MeToo. En 2014, l’IFOP avait déjà réalisé une enquête sur le harcèlement sexuel au travail, montrant ainsi que cela concernait 20% des femmes, chiffre qui n’a pas diminué depuis les années 1980/1990. Seulement, ce harcèlement est plus diffus qu’il y a trente ans, et moins lié à une position hiérarchique. Il concerne principalement les femmes ayant un emploi précaire, les jeunes, et les femmes qui travaillent dans un environnement presque exclusivement masculin. L’enquête de 2019 permet de tirer plusieurs conclusions. Certains contextes sont plus propices au sexisme que d’autre : 73% des femmes qui devaient obligatoirement porter une tenue montrant leurs formes au travail (talons, jupes montrant leurs jambes…) ont vécu au moins une forme de violence sexiste et sexuelle au cours de leur vie professionnelle, 71% des femmes qui travaillaient dans un environnement principalement masculin ont vécu au moins une forme de violences sexistes et sexuelles au cours de leur vie professionnelle. Les hommes sont moins fréquemment confronté au sexisme dans le monde du travail, mais quand ils le sont, le contexte est similaire : un homme travaillant dans un secteur considéré comme féminin. Cette enquête de 2019 renforce les observations de 2014 : le sexisme s’explique plus par le code vestimentaire, et le milieu masculin, que par l’âge, le revenu, la hiérarchie ou le niveau d’étude. Il n’existe pas un « type » d’homme sexiste.  Cependant, on observe qu’à présent 30% des femmes sont confrontées au sexisme dans le monde du travail, et que 60 % des Européennes ont déjà été victimes de sexisme ou de harcèlement au travail au cours de leur vie professionnelle. Cette augmentation est significative de la libération de la parole chez les femmes. 

Quels sont les impacts du sexisme sur le travail ? 

Le sexisme a un impact direct sur la santé physique et mentale des femmes. Il peut les plonger dans une détresse psychologique avec notamment des répercussions sur la confiance en soi, la performance et le bien-être au travail : 93% des femmes salariées estiment que cela peut amoindrir leur sentiment d’efficacité selon le rapport du CSEP du 6 mars 2015.

Comment lutter contre le fléau du sexisme dans le monde professionnel ? 

Tout d’abord, il est compliqué de lutter contre ce phénomène, car il ne se nomme pas dans la loi, avant 2015. En 1974, une loi anti-sexisme est proposée au parlement mais est refusée. Ce n’est qu’en 1978 que le mot sexisme entre dans le dictionnaire. Si des avancées sont faites pour lutter contre le sexisme, dans la loi, il est question d’égalité entre les hommes et les femmes avec la loi Roudy de 1983 ou d’actions destinées à prévenir et à lutter contre les stéréotypes sexistes (loi de 2014). Ce n’est qu’en 2015 que la question d’agissements sexistes entre dans le code du travail, avec la loi Rebsamen de 2015. Il est écrit que « Nul ne doit subir d’agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant » Article L. 1142-2-1 du Code du travail. On différencie alors les agissements sexistes (blagues, remarques, incivilités, préjugés), du harcèlement sexuel (« le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante », selon le code du travail), de l’agression sexuelle (atteinte sexuelle avec violence, contrainte, menace ou surprise). Cette différenciation doit permettre de mettre en place des mesures adaptées à chaque type d’atteinte sexiste, pour y remédier plus rapidement et plus efficacement. Ce sexisme est considéré, à juste titre, dans le code du travail, comme une atteinte à la dignité humaine. 

Quelles sont les mesures prises en place par cette loi Rebsamen pour lutter contre le sexisme dans le monde professionnel ? 

La loi Rebsamen doit permettre de diminuer le sexisme dans le monde du travail, ou du moins le reconnaître pour tenter de lutter contre. Ce combat s’effectue à différents niveaux. L’employeur se doit de protéger les employés : « L’employeur prend toutes les dispositions nécessaires en vue de prévenir les faits de harcèlement sexuel, d’y mettre un terme et de les sanctionner », Article L. 1135-5 alinéa 1 du Code du travail. Il est garant de la sécurité physique et mentale des employés, il est donc responsable en cas de problèmes de sexisme. Il doit effectuer un travail à priori, avec des actions de prévention et de sensibilisation au sexisme, mais aussi à posteriori, en sanctionnant rapidement les agissements et en accompagnant la victime dans ses démarches. Il doit cependant rester neutre et impartial durant l’enquête jusqu’à ce que les faits soient prouvés. L’employeur doit également former son personnel contre les violences sexistes. Les représentants des ressources humaines de l’entreprise ont également un rôle important dans la lutte contre le sexisme. Il se doit de prévenir du harcèlement et de le signaler s’il est décelé sur le lieu de travail. Il a pour mission d’informer sur les comportements à signaler et sur l’existence et le contenu du code du travail. Il doit leur enseigner comment identifier les violences sexistes, à qui parler s’ils y sont confrontés, et quelles sont les sanctions encourues en cas de pratique de celles-ci. Une procédure de lutte contre les violences spécifiques à l’entreprise doit être mise en place, en fonction des risques auxquels elle est confrontée (milieu majoritairement masculin, contact avec des clients…), avec un règlement intérieur et une charte éthique. 

Ces mesures sont-elles efficaces ? 

Cette loi est un premier pas dans la lutte contre le sexisme. Si l’enquête de l’IFOP montre que le sexisme semble avoir augmentée entre 2014 et 2019 on peut supposer que ce n’est pas le cas, mais seulement la preuve d’une libération de la parole des femmes, qui a un peu moins peur des conséquences si elle admet être victime de sexisme sur son lieu de travail. Pour autant, le sexisme dans le monde du travail ne semble pas avoir diminué depuis la loi de 2015. Celle-ci aura permis de rendre visible légalement ce problème, de le reconnaître, de rendre possible des actions juridiques contre ce-dernier, mais cela ne suffit pas pour changer les mentalités de notre société et donc de mettre fin au sexisme. Même si cette loi met en place des mesures de sensibilisation au sexisme dans les entreprises, la culture patriarcale et l’intériorisation du sexisme par les individus persistent. 

Le sexisme est autant présent dans le monde du travail en 2020, qu’il y a trente ou quarante ans.  Ce constat alarmant ne semble pas prêt de changer, malgré les différentes mesures légales prises pour lutter contre ce fléau.  Le télétravail, peut être vu comme un moyen de limiter le sexisme ordinaire : si la diminution des interactions directes avec des collègues permet de réduire l’exposition aux remarques et blagues sexistes par exemple, cela ne détruit pas les préjugés sexistes. Ce n’est en quelque sorte que repousser le problème de l’enracinement du sexisme dans le monde du travail et plus largement, dans notre société. Pour combattre ce sexisme archaïque, il faut aller plus loin encore dans cette bataille pour l’égalité des genres, et ne jamais cesser de lutter. Nous ne devons pas laisser ce nouvel essor de conscience féministe stagner ou disparaître discrètement, sous prétexte que dans le contexte actuel « il y a plus urgent ». L’égalité entre les Hommes et la lutte contre toute forme de discrimination est belle et bien urgente. Pour finir sur une touche d’espoir quant aux changements à venir, voici les mots de la célèbre féministe Françoise Giroud : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où à un poste important, on désignerait une femme incompétente ». 


Sources : 

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2019/10/23/sexisme-au-travail-la-prevention-peut-commencer_6016541_1698637.html

https://www.francetvinfo.fr/societe/le-sexisme-un-tabou-trop-souvent-nie-dans-le-monde-du-travail_841659.html

https://www.helloworkplace.fr/sexisme-travail-10-pires-phrases/

https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/sexisme-ordinaire-travail

https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/dp_-_rapport_csep_.pdf https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/dossiers/sexisme-pas-notre-genre/chiffres-clefs/

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