Manifestation NousToutes

Un article de Savannah Ruellan

Comme chaque année la manifestation NousToutes s’est tenue Place de la République. Ce samedi 20 novembre elle a réunit près de 50 000 personnes d’après le collectif NousToutes.  

Un peu avant 14h un petit groupe de sciencepistes arrivait place de la République pour se joindre à la foule déjà nombreuse. Le collectif NousToutes met à disposition des affiches violettes au slogans féministes variés dont la foule s’empare, brandissant ainsi fièrement des « ras le viol », « la transphobie tue », « la justice ne protège pas les enfants » ou encore « notre féminisme est anti-raciste ». C’est dans une ambiance réjouie que commence la course aux autocollants et goodies de diverses associations présentes (NousToutes, l’union syndicale solidaire, les féministes insoumises et j’en passe), rivalisantes de militantisme et de designs colorés. C’est un féminisme rassembleur de luttes diverses qui nous est proposé, conscient qu’une lutte féministe juste se doit d’inclure l’ensemble des victimes de violences sexistes et sexuelles. Ainsi on marche non seulement pour ces 101 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année mais aussi au nom, de ces 6,7 millions de personnes victimes d’inceste et de ces 80% des élèves trans victimes de harcèlement.

La police? Si elle est présente on ne la voit pas : pas de filtrage des manifestants à l’entrée de la manifestation, pas d’alignement de camionnettes de CRS le long de la Place de la République. Non. Les ordres sont clairs, seulement quelques policiers, sans casques, à visages découverts et les mains vides de matraques : rien de menaçant pour les manifestants. En somme nous ne faisons pas peur : une horde de femmes majoritairement blanches et éduquées fait dans l’imaginaire collectif moins peur qu’une foule d’hommes et de femmes de minorités ethniques venus demander qu’on respecte leur droit à la vie (Rien de plus que ce que les féministes de NousToutes demandent). En effet tout le monde est d’accord pour dire que tuer des femmes « c’est mal » alors que tuer des noirs et des arabes… « c’est plus compliqué que ça ». Vous vous demandez peut-être : pourquoi cette comparaison? Pourquoi remettre sur la table les violences racistes alors qu’on parle ici de violences sexistes? Et bien parce que si aujourd’hui j’ai pu manifester sans peur, c’est que le préfet de Paris et le ministère de l’intérieur ont donné aux forces de police des consignes visant à n’éveiller aucune tension entre les manifestants et les forces de l’ordre. J’ai pu sans peur de voir mes poumons d’asthmatique asphyxiés par les gaz lacrymogènes ou de devoir courir pour éviter la police ou simplement de partir en milieu de manifestation pour éviter d’être prise dans une nasse parce qu’on m’en a laissé la possibilité; contrairement aux manifestations contre la loi de sécurité globale, sujet plus controversé que celui des violences faites aux femmes. Lors de ces manifestations il était conseillé de rester toujours sur ses gardes, de ne jamais stagner et bien souvent de quitter la manifestation avant la fin si l’on voulait être sûr d’éviter les gaz lacrymogènes. Je suis pourtant la même personne que lors des manifestations contre la loi de sécurité globale, je ne suis pas moins dangereuse, nous ne sommes pas moins dangereux.ses… pourtant le regard de l’imaginaire collectif est différent, et dans ce regard si Assa Traoré est un potentiel danger, je n’en suis pas un.

La manifestation est majoritairement composée de femmes bien qu’il y ait aussi des hommes et à ce titre la « délégation Sciences Po Saint Germain » est assez représentative du reste de la manifestation : 8 femmes pour seulement 2 garçons. Il est évident que c’est trop peu car les violences sexistes et sexuelles ne sont pas « une affaire de femmes » mais celle de toute une société : la nôtre. De la même manière que le racisme n’est pas « une affaire de noirs et d’arabes », que la reconnaissance des droits des communautés LGBTQ n’est pas « une affaire d’homo », tous les problèmes systémiques concerne l’ensemble du système. Douter et se questionner sur ces problèmes avant de trancher sont certes des droits fondamentaux mais se prétendre « neutre » et « non concerné » est soit hypocrite soit une marque d’ignorance. Ces questions nous concernent tous, vous concerne, quel que soit votre positionnement vis-à-vis d’elles : car elles relèvent de la question fondamentale « dans quel monde voulons nous vivre? ». 

Vers 14h30 l’avalanche de violet s’engouffre dans le boulevard Voltaire, direction : Place de la Nation! On marche dans cet étrange mélange de joie, de colère et d’excitation d’être là. On marche et on ne sait plus où donner de la tête tant les pancartes rivalisent d’ingéniosité et de beauté; à l’image des personnes qui les élèvent fièrement vers le ciel : magnifiques, stylées et fortes de leur colère. Alors fières d’être entourées de tous ces beaux être humains on marche et on chante. On chante l’internationale féministe, la fierté d’être là et on hurle sa colère contre un gouvernement qui en fait trop peu pour lutter contre les violences faites aux femmes. La manifestation a vraiment une dimension à la fois thérapeutique et cathartique très forte. Une dimension thérapeutique d’abord parce que cela fait du bien de se sentir part d’un mouvement plus grand que nous mais dans lequel nous pouvons jouer un rôle. C’est délivrant de s’apercevoir qu’on n’est pas seule dans sa lutte contre le patriarcat, on avait beau le savoir qu’on partageait les mêmes hashtags, qu’on suivait le mêmes comptes insta, qu’on écoutait les mêmes podcasts et que même on lisait les mêmes livres…c’est différent de le voir en vrai, de vivre en vrai le fait d’appartenir à une culture  féministe commune. 

La dimension cathartique de la manifestation repose quant à elle beaucoup dans les cris de colère qu’on n’a plus peur de pousser, crier quand on nous demande de nous taire. Prenons par exemple le fait de crier que la rue est à nous est une façon de se ré-approprier l’espace public qui est avant tout un espace masculin : la femme elle appartient traditionnellement à l’espace privé, celui du foyer, celui de la famille. Et lorsque nous crions que la rue nous appartient cette parole a quelque chose de performatif, nous reprenons possession de l’espace public qu’est la rue, et qui n’est dès lors plus un espace hostile mais un espace de vie fertile à l’expression. C’est pourquoi les manifestations sont de manière générale si importantes elles rendent à la rue son statut de lieu d’expression des idées politiques.

#politique #féminisme

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