Dépénalisation de l’avortement en Colombie :un nouveau chapitre pour l’Amérique latine

« Où en sont les droits humains » est une nouvelle série d’articles sur l’état des droits humains dans le monde. Entre avancées et retours en arrière les droits humains incarnent des enjeux encore prépondérants en 2022 et ce partout autour du globe. Souligner les améliorations, avertir sur les dégradations, ouvrir sur de nouveaux sujets, voilà les objectifs que se donne cette nouvelle série hebdomadaire sur les droits humains

Dépénalisation de l’avortement en Colombie : un nouveau chapitre pour l’Amérique latine

Manifestantes pro-avortement célébrant la décision de la Cour constitutionnelle, Raul Arboleda

Le 21 février 2022, la Cour constitutionnelle colombienne dépénalisait l’avortement jusqu’à 24 semaines de gestation pour n’importe quel motif. Une décision saluée par Amnesty qui célèbre l’obtention de ce droit humain dans le pays. C’est un tournant historique, après plusieurs années de lutte des collectifs féministes pour la protection de la vie et de la santé des femmes en Colombie.

Les récentes avancées latino-américaines :

Les dernières années ont montré une évolution de la situation en Amérique latine après plusieurs décennies de refus des gouvernements. L’Uruguay ouvrait la marche en légalisant l’avortement jusqu’à trois mois de gestation en 2012, suivi par l’Argentine en 2020 et le Honduras en 2021. Le chemin avait été semé d’embûches : le président Rafael Correa en Équateur avait ouvertement condamné la décision du gouvernement uruguayen en 2012, aligné sur les opinions de bien d’autres dirigeants latino-américains de l’époque.

Si une lueur d’espoir avait été aperçue au Chili en 2017 avec la dépénalisation partielle de l’avortement, les espoirs avaient été déçus en Argentine, où un premier projet de loi avait été approuvé en 2018 avant d’être rejeté par le Sénat. Le climat était alors le même dans la plupart des pays du continent latino-américain, où le droit à l’IVG était restreint : en Bolivie, au Pérou et au Costa Rica, l’IVG était autorisée uniquement dans les cas de danger pour la vie de la mère ou de graves malformations du fœtus. Il en allait de même au Mexique comme en Colombie, où le viol et l’inceste constituaient également des motifs permettant l’accès à l’avortement. En République dominicaine, au Salvador, en Haïti, au Honduras, au Nicaragua ou au Suriname, l’IVG n’était autorisée en aucun cas.

Un tournant historique en Colombie :

Pour les militantes colombiennes, l’arrêt C-055 signé ce 21 février constitue un véritable tournant dans l’histoire de l’Amérique latine. Un nouveau chapitre se tourne alors que l’avortement devient légal jusqu’au sixième mois, et ce quel qu’en soit la motivation. Jusqu’alors, le recours à l’avortement hors des conditions prévues par la loi était passible d’une peine de seize à cinquante-quatre mois de prison. Si ces sanctions sont maintenues pour toute IVG pratiquée au-delà des 24 semaines désormais autorisées, c’est une victoire pour les défenseurs des droits des femmes en Amérique latine.

Pour Claudia López Hernández, maire de Bogota, il s’agit de l’événement historique le plus important après le droit de vote pour l’évolution du droit des femmes en Colombie. C’est une bouffée d’air frais après une lutte acharnée pour l’obtention de ce droit : le mouvement Causa Justa (« Cause Juste »), auquel ont pris part plus de 200 organisations et activistes, s’est imposé pour faire évoluer la situation. En septembre 2020, le mouvement déposait un recours constitutionnel afin de faire passer cette loi de dépénalisation de l’avortement.

Jusqu’à présent, l’accès à un avortement légal et sécurisé en Colombie était inégal. Les autorités constatent que 34% des femmes concernées par des enquêtes pénales entre 1998 et 2019 étaient des employées de maison, et l’institut Guttmacher montre que 33% des Colombiennes ayant eu recourt à l’avortement clandestin ont connu des complications nécessitant des soins médicaux. Ce taux s’élève à 53% pour les femmes issues des classes populaires. Le cas de la Colombie nous permet de rappeler que dépénaliser l’avortement, c’est assurer la sécurité des gestatrices en palliant les dangers des avortements clandestins, dont le nombre de victimes excède chaque année 47 000 personnes. Amnesty International le rappelle : le droit à un avortement sécurisé fait partie des éléments essentiels permettant de garantir la protection de chacun des droits humains universels (droit à la vie, au respect de la vie privée, à la santé, à l’égalité et droit de ne pas subir de violence, de discrimination, d’acte de torture ou d’autres formes de mauvais traitements).

Si la décision prise par la Cour constitutionnelle colombienne a été contestée par plusieurs organisations catholiques et anti-avortement, la nouvelle est saluée chaleureusement par les différents collectifs féministes et défenseurs des droits de l’homme internationaux, qui attendent du Chili de suivre l’exemple colombien après l’adoption d’une proposition de loi à la Chambre des députés en 2021.

Syrine FETTAH
API, Sciences Po Saint-Germain-en-Laye
Membre de l’AJ Amnesty Sciences Po Saint-Germain
26/02/2022

Sources :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :